Le dollar perd lentement son statut de monnaie de réserve

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Le dollar a été un pilier du commerce international pendant la majeure partie du siècle dernier. Au moment de la formation de la zone euro, il a atteint son sommet concentrant 71,0% des réserves officielles de change. Depuis, la composition des réserves mondiales est redescendu à approximativement 62,9% en 2014.

Bien que toujours prédominant, le dollar perd lentement son statut de monnaie de réserve mondiale. Ce n’est pas un événement inhabituel quand on regarde l’histoire. En fait, à peu près tous les siècles depuis la Renaissance, la monnaie de réserve mondiale a changé. Le Portugal, l’Espagne, les Pays-Bas, la France et la Grande-Bretagne ont eu des monnaies dominantes à des moments différents.

Pays ou organisations qui ont basculé vers un autre système d'échange que le dollar US
Pays ou organisations qui ont basculé vers un autre système d’échange que le dollar US. Source Sputnik

Une volonté politique de se libérer du dollar

Aujourd’hui, de moins en moins de pays et d’organisations utilisent le dollar pour régler leurs transactions internationales, et se libèrent ainsi de l’hégémonie du dollar américain. La Chine est à l’épicentre de ce phénomène, le pays continue de progresser dans la réduction des transactions en dollar américain. Les opérations indiquées dans le graphique sont les flux de devises entre les pays qui ont abandonné le dollar dans le commerce bilatéral, ainsi que les pays qui envisagent de telles mesures.

Cette tendance est plus récemment marquée par la création de l’Asian Infrastructure Investment Bank (AIIB), un rival chinois de la Banque mondiale et du FMI et qui comprend 57 pays fondateurs et 100 milliards de dollars de capitaux. Les États-Unis ne sont pas membres et ont activement fait pression sur leurs alliés pour éviter leur adhésion en raison de problèmes de gouvernance perçus.

Parmi les autres transactions récentes, citons: une alliance énergétique de 400 milliards de dollars avec la Russie, un deuxième accord énergétique de 284 milliards de dollars avec la Russie et un accord sur la suppression des droits de douane sur 85% des exportations australiennes vers la Chine. En outre, la Chine et la Russie ont convenu de régler leurs transactions commerciales en devises nationales afin de contourner le dollar américain.

Ce ne sont pas seulement les Chinois qui commencent à remettre en question la viabilité du dollar. Un rapport de 2010 des Nations Unies a appelé à l’abandon du dollar américain en tant que monnaie de réserve unique. Le Conseil de coopération du Golfe a également exprimé le souhait d’une monnaie de réserve indépendante.

À court terme, en particulier avec un marché boursier chinois en chute libre et une zone euro naissante, le dollar devrait probablement régner en maître. Il est toujours difficile pour le yuan de pénétrer dans les coffres des réserves de change tant que les contrôles de capitaux restent en place et que le marché obligataire du pays n’est pas ouvert ou transparent aux investisseurs étrangers. Cependant, Pékin réfléchit actuellement à des moyens d’internationaliser le yuan.

Une lutte contre la guerre économique que se livrent les USA

Alcatel, Alstom, Technip, Total, la Société Générale, BNP Paribas… Ces entreprises françaises se sont retrouvées, ces dernières années, poursuivies par la justice américaine pour des affaires de corruption ou de contournement d’embargos. Les USA s’appuient pour cela sur « l’extraterritorialité du droit américain. Ce sont des lois qui permettent de poursuivre des entreprises non américaines à l’étranger, dès lors qu’elles ont un lien avec les États-Unis. Le problème est que ce lien est extrêmement large, puisqu’il suffit que les entreprises effectuent une transaction en dollar ou qu’elles utilisent une technologie américaine pour que des poursuites puissent être engagées.

Le spectre de la banqueroute

Selon plusieurs économistes dont Henning Vöpel, la politique économique protectionniste des USA va mener à une augmentation de l’inflation, qui va contraindre la banque centrale américaine (FED) à augmenter rapidement les taux d’intérêts et aboutir à une réévaluation du dollar. En somme, cette politique orientée sur l’efficacité à court terme est extrêmement risquée. La conséquence la plus dévastatrice du protectionnisme serait une « crise du dollar, aboutissant à la fuite des capitaux des États-Unis. A partir de là, les dominos tomberaient les uns après les autres car les États-Unis ont une dette publique abyssale détenue par des non-Américains. Si le scénario le risque existe bien, le scénario n’est néanmoins pas imminent.

Un avenir incertain

Avec plus de transactions commerciales bilatérales contournant le dollar, et l’internationalisation croissante du système financier chinois, le point du dollar continue de s’affaiblir et pourrait même perdre son rôle de monnaie de réserve internationale à terme.

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