Comment fonctionne la spéculation contre un état, une monnaie ?
Contextes financiers et origines des maux
L’incertitude, voire les inquiétudes qu’elle peut donner lieu, est à l’origine de l’attaques des marchés.
Les inquiétudes d’une « faillite » de la Grèce, puis de l'Espagne, du Portugal ou l'Italie à rembourser leurs dettes ont fortement déstabilisé les marchés financiers. Les taux d'intérêts auxquels ces pays peuvent emprunter ont augmenté et l'euro a dégringolé. La rumeur est lancée, et certains fonds spéculatifs comme les fameux hedge funds parient sur la faillite de ces états et donc de l’euro.
De façon générale, les spéculateurs ne font qu’amplifier une mauvaise gestion des finances publiques d’un état et lorsqu’une monnaie est surévaluée ou que les fondamentaux ne sont pas respectés, il y a risque de spéculation.
L’attaque de l’euro n’est pas la 1ère du genre, on se souvient de l’attaque de la livre sterling en 1992 et de la monnaie russe plus récemment, en 2009.
Que sont les hedge funds ?
Les hedge funds sont des fonds d’investissement particulièrement risqués et leur but est généralement de lisser les courbes de rendement et de les améliorer par rapport au rendement du marché permettant d'avoir un meilleur rapport performance / volatilité. Peu réglementé, ces fonds alternatifs de placement ont servi lors de nombreuses attaques spéculatives, sur les taux de change par exemple, avec des retombées économiques néfastes pour le pays attaqué.
Au cours des dix dernières années, les hedge funds ont enregistré une croissance rapide. On estime qu’aujourd’hui près de 10 000 fonds sont opérationnels dans le monde et qu’ils gèrent 1 426 milliards de dollars d’actifs, soit plus de 700 % de plus qu’en 1995.
A titre indicatif, en voici quelques uns :
Caxton Corp, Jones Investment, Fond de pension, JP Morgan, Citicorp, Chase Manhattan.
Spéculation, je t’aime, moi non plus.
Rappelons tout d’abord quels sont les principes de la spéculation :
Ces spéculateurs spéculent sur les prix par l’intermédiaire de contrats à terme, ils n’interviennent donc ni sur la production, ni sur la consommation. Les spéculateurs spéculent sur le prix des choses, et lorsqu’il ne leur semble pas adapté, ils misent sur son réajustement.
S’ils spéculent à la hausse et qu’ils ont raison, les prix vont s’ajuster à la hausse. Au début de ce processus, le consommateur (donc aussi le spéculateur) va souffrir. Mais alléchés, par la perspective de profits, les producteurs vont augmenter leurs capacités. Les prix vont baisser à nouveau.
S’ils spéculent à la baisse et qu’ils ont raison, les prix vont s’ajuster à la baisse. Au début de ce processus, le producteur (et le producteur seul) va souffrir. Mais désespérés, les producteurs vont baisser les bras. Faute de production abondante, les prix vont monter à nouveau. Le consommateur (donc aussi le spéculateur) va recommencer à souffrir.
Lorsqu’il décèle des anomalies sur le prix, il en accélère le réajustement, à la hausse ou à la baisse, la spéculation est donc utile de ce principe.
Spéculer contre une monnaie : mode d’emploi
Lorsque la balance commerciale ajoutée à la balance des capitaux privés est positive, les achats de monnaies nationales sont supérieurs aux ventes privées. La monnaie est appréciée.
Lorsqu’au contraire, les réserves diminuent, ont aboutit à une crise de la balance des paiements. Le but du spéculateur est alors d’emprunter une partie des réserves de la monnaie faible afin de convertir et de la placer dans une monnaie forte.
Lorsque l’opération porte sur des gros volumes, cela fait chuter la devise puis engendre une dévaluation de la monnaie d’origine. Le spéculateur peut ensuite la racheter ensuite à moindre coût.
Mais la Grèce dans tout ça ?
Comme la Grèce fait partie de la zone Euro, sa monnaie est donc difficile à attaquer, c’est l’un des avantages de la monnaie unique.
Alors puisque l’on ne peut attaquer sa monnaie, on va attaquer son point faible c'est-à -dire sa dette à l’aide des Crédits Défault Swaps. Ces fameux CDS permettent à leurs souscripteurs d’investir en pure perte, mais d’obtenir un large dédommagement si la Grèce fait défaut.
Plus y a d’ouvertures de CDS en Grèce et plus la crédibilité en sa capacité de remboursement est affaiblie, le marché va en déduire que ce dernier n’est plus digne de confiance.
Les agences de notation financières vont alors baisser la note de confiance du pays, ce qui aggrave encore davantage les difficultés rencontrées.
Comment la Grèce peut-elle s’en sortir ?
Réduire les dépenses et autres mesures financières
Pour rééquilibrer son budget, le pays peut baisser drastiquement ses dépenses et/ou augmenter la pression fiscale afin de réduire son déficit et donc sa dette cumulés sur plusieurs années
- Faire appel à la solidarité Européenne
Les autres pays d’Europe aident la Grèce à s’en sortir en puisant dans leurs caisses sous des conditions très avantageuses, voire même sans charges.
C’est cette solution qui sera retenue, l’union européenne compte donc faire bloc pour montrer aux marchés sa détermination à agir contre les spéculateurs.
- Faire appel au FMI
Lorsque le pays ne peut plus emprunter sur les marchés financiers pour cause de disparition de la confiance, il ne peut que faire appel au FMI qui va lui prêter des fonds mais sous des conditions draconiennes de baisses des dépenses et de « libéralisation ».
- Cesser le paiement de la dette
Comme l’a fait le Pérou dans les années 80, la Grèce pourrait unilatéralement stopper d’honorer le service de la dette à condition de pouvoir fonctionner en autarcie le temps de remonter la pente car tous les avoirs extérieurs au pays seraient légalement saisis par les créanciers, y compris les navires et les avions qui sortiraient de Grèce.
- Sortir de l’Euro
Cette solution est envisageable pour permettre à l’état de frapper sa propre monnaie. Cela permettrait à la Grèce de financer sa dette à taux zéro puis de la résorber par l’inflation et de jouer sur ses taux de change pour améliorer ses exportations.
A qui la faute : Les spéculateurs ou les états ?
Une nouvelle législation européenne doit entrer en vigueur, dit-on prochainement pour mieux encadrer les acteurs financiers et rendre les échanges sur les marchés plus transparents.
En France, Jean-Pierre Jouyet le président de l’AMF dit vouloir aller plus loin, en menant enquêtes et en appliquant des sanctions contre les organismes financiers aux comportements douteux.
Ces mesures ne sont applicables que si l’on est en mesure de dire qui fait quoi…
Le spéculateur est aujourd’hui considéré par un certain mode de pensée unique comme le coupable idéale, n’oublions pas les véritables causes qui ont menées à la situation que nous connaissons actuellement avec la Grèce.
A vous de juger.
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