Le projet Espadon pour récupérer l’énergie thermique de la mer

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Espadon : c’est le nom d’un projet qui utilise l’énergie thermique des mers pour produire de l’électricité. La plateforme test va démarrer cette année. D’abord sur terre avant d’être ancrée au large de la Réunion.

FONCTIONNEMENT

L’énergie thermique des mers est produite en exploitant la différence de température entre les eaux superficielles et les eaux profondes des océans.  Cette différence de température peut être exploitée par une machine thermique, qui a besoin d’une source d’eau froide et d’une source chaude pour produire de l’énergie.  Mais cela ne peut se faire que dans les zones intertropicales, comme la Réunion, car l’écart de température entre l’eau de surface et l’eau du fond est d’au moins 20 degrés toute l’année. L’idée est donc d’utiliser la différence de température entre la surface de la mer et les profondeurs. Le procédé consiste à chauffer un fluide capable de se transformer en vapeur dès 20 degrés. La vapeur circule dans une turbine qui produit de l’électricité. Le fluide est ensuite refroidit par l’eau pompé à 1000 mètres de profondeurs et il redevient liquide. Il est à nouveau transformé en vapeur par l’eau de surface, etc.

Sur le papier, ça semble simple. Mais les verrous technologiques sont bien vissés : car il faut pomper 85 000 mètre cube d’eau froide par heure à 1000 mètres de profondeur. Il faut inventer et fabriquer une conduite de 5 mètres de diamètre, quand les tuyaux des forages pétroliers ne dépassent pas 1 mètre 50. Il faut aussi mesurer l’impact écologique de ce système sur le milieu marin. Même si la vie ne grouille pas à 100 mètres de profondeurs, il faut éviter de pomper des organismes marins. “Nous ne voulons pas faire une usine à sushi”, plaisante Frédéric Le Lidec responsable du projet pour la société DCNS. Les études d’impact sont en cours.

L’eau froide des grandes profondeurs doit être rejetée en mer après usage… à 100 mètres de fond. Elle ne devrait pas avoir de pouvoir refroidissant sur l’eau de surface. Comme elle est froide, elle est lourde et devrait retomber au fond.

Cette technique a déjà été expérimentée en Inde et à Hawaï, puis abandonnée. Le projet Espadon veut tester une usine flottante de 10 mégawatt au large de l’ile de la Réunion. 10 mégawatt, du jamais vu. “C’est sans doute un pari fou” reconnait Frédéric Le Lidec “mais si ça marche, c’est une énergie propre, disponible 24 heures sur 24” contrairement au solaire qui s’éteint la nuit ou au vent dont le souffle n’est pas garanti.

Le constructeur naval DCNS en partenariat avec la Région va implanter des prototypes d’énergies thermiques des mers, d’abord à St-Pierre en 2011 puis au large du Port en 2015.  Cette source d’énergie renouvelable, propre et prometteuse pourrait permettre :

  • de remplacer la consommation de 400 000 tonnes de charbon
  • de couvrir les besoins en électricité de 70 000 Réunionnais en 2015.

La résistance de la canalisation reste un obstacle technique  important ainsi que l’investissement de l’ordre de 400 millions d’euros.  L’Etat, par le biais du grand emprunt, l’Europe, la Région Réunion et des partenaires privés, participent à ce projet.  

A terme, si tout va bien, plusieurs plateformes pourraient être disposées le long des côtes de La Réunion. A commencer par un prototype à terre qui sera implanté en2011 sur le site de l’IUT de Terre-Sainte, puis en 2015, à 8 kmau large du Port, une centrale pilote de 10 MW de puissance. L’ETM peut devenir un élément prépondérant du futur mix énergétique 100% renouvelable, juste derrière la biomasse.  En2030, cette technologie pourrait permettre de produire plus de1 000 GW/h, soit plus que celle que la production actuelle de l’hydraulique.

espadon energie mer

 Les études préliminaires achevées en 2009 ont prouvé la faisabilité technique, juridique et financière du projet. A pleine puissance, le système dionysien devrait tourner autour de 40 mégawatts en associant un premier réseau Swac à tout un réseau urbain.

Cette eau froide salée pompée grâce à un tuyau d’un diamètre de plus d’un mètre cinquante avec un débit de 1,8 m3 d’eau/seconde arrivera dans un échangeur situé à terre.  Elle servira à refroidir un second circuit, cette fois-ci constitué d’eau douce. Cette eau douce sera quant à elle acheminée vers les réseaux de climatisation de chaque bâtiment « client ».  L’eau de mer, quant à elle, sera rejetée dans l’océan.

 

Sources :

Le Quotidien de La Réunion – 24/03/2010 & 15/04/10
France info

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