La greve qui a perturbé la
production de Codelco illustre les difficultés de
l'entreprise d'Etat chilienne.
Apres 20 jours de greve, les
travailleurs de la sous-traitance du chilien Codelco,
le plus important mineur de cuivre, ont décidé de reprendre le travail.
L'entreprise d'Etat emploie directement 14 000 salariés alors que pas moins de
32 000 sont employés par des entreprises sous-traitantes. Parmi ces derniers, entre
5 et 8 000 adherent a la confédération des travailleurs du cuivre qui avait
appelé a la greve. L'arret de travail avait immobilisé les sites d'Andina et de Salvador, ainsi que la plus importante mine
souterraine du monde, El Teniente.
A l'origine du mouvement, le
syndicat accusait Codelco de n'avoir pas tenu des
engagements salariaux arrachés apres une lutte qui avait duré un mois, en 2007.
La semaine derniere le gouvernement est intervenu dans le conflit et a négocié
tout le week-end pour obtenir la cessation des hostilités, qui avaient vu des
affrontements physiques entre grévistes et salariés de Codelco désireux de se rendre sur leur lieu de travail. L'accord de fin de greve inclus
la réembauche de salariés licenciés pendant le conflit, le paiement de jours de
greve et surtout une prime de 1 000 dollars par salarié.
Ce conflit social, et les
craintes qu'il a suscité ont permis a la cotation de la livre de métal rouge
sur le Comex de battre un nouveau record a 4,27
dollars lors de la séance du 5 mai. Si la demande globale de cuivre, en
particulier en Chine et aux Etats-Unis, est plutôt faible, les cours continuent
d'etre soutenus par les perturbations de l'offre. Dans un marché a l'équilibre,
"toute greve ou mouvement social continuera de
réduire les taux d'utilisation des capacités, et finalement tendra le marché
encore plus qu'il ne devrait", note Eric Wittenauer de Wachovia Securities.
Les problemes de Codelco
Premiere entreprise du pays, Codelco souffre de son statut particulier qui l'oblige a financer
directement les forces armées chiliennes. Ne disposant pas des réserves
financieres suffisantes pour investir dans de nouvelles capacités, le mineur a
du s'associer a des entreprises chinoises pour développer le nouveau site de
Gaby. Paradoxalement, l'entreprise d'Etat, dont la production cuprifere stagne
depuis plusieurs années, est ainsi accusée de brader les richesses nationales.
Profitant de ses faiblesses financieres, Minmetals et
China Development Bank lui
ont avancé deux milliards de dollars pour l'achat anticipé de la production du
gisement de Gaby dont ils envisagent de détenir 45%.
Escondida,
la plus importante mine de cuivre du monde est devenue au premier trimestre
2008 le plus important contributeur privé au budget chilien avec 488,4 millions
de dollars pris sur ses profits record de 1,92 milliard de dollars, en hausse
de 49,4% par rapport a l'année précédente. Malgré une production en recul de
13,4% a 334 652 tonnes (282 220 tonnes de concentrés et 52 432 tonnes de
cathodes) la mine a mieux su bénéficier de l'envol des cours du métal rouge que Codelco, l'entreprise nationale chilienne. Malgré une
production supérieure, cette derniere n'affichait en effet au 1e trimestre
qu'un profit net de 1,6 milliard de dollars.
Escondida dont l'actionnariat comprend BHP Billiton (57,5%), Rio Tinto (30%),
International Finance Corp (2,5%) et un consortium
japonais avec Mitsubishi Corp (10%) a cependant vu
ses couts de production au 1e trimestre augmenter de 0,55 dollar par livre a
0,67 dollar en raison principalement des fortes hausses des prix de
l'électricité, du fuel et de l'acier. Dans le meme temps Codelco a vu son avantage concurrentiel fortement diminuer avec un envol de ses couts
de 0,26 a 0,41 dollar par livre.
Source : Daniel Krajka, "L'usine
nouvelle"