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Energie 06/06/2008
Emballement des cours
du pétrole
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L’analyste qui il y a 3 ans annonçait un baril à 100 dollars attend désormais un cours de 150 ou 200 dollars.
Le baril de brut léger pour livraison en juin a établi un nouveau record à 122,73 dollars sur le New York Commodity exchange durant la séance du 6 mai. Le même jour la cotation du Brent sur l’International Petroleum exchange gagnait 2,35 dollars pour établir également une nouvelle marque à 120,48 dollars. De nouvelles violences au Nigeria, l’inquiétude sur les capacités de production en Russie et au Mexique avaient participé à cette nouvelle flambée. En un an le cours du brut a ainsi quasiment doublé.
Cette nouvelle hausse a probablement été partiellement provoquée par
une note de la banque d’affaires Goldman Sachs estimant que le
baril pourrait bien grimper vers les 150, voire 200 dollars.
L’analyste auteur de l’étude, Arjun Murti, avait en avril 2005 prédit un baril
à 100 dollars alors qu’à ce moment il touchait tout juste les
57 dollars. Une prévision qui avait certainement poussé certains
investisseurs à l’achat et contribué ainsi au cycle haussier.
Cette fois-ci encore la prophétie semble s’auto-justifier. « Ce n’est pas un génie qui est sorti de la bouteille, ce
sont 100 génies qui sont sortis », confirme Daniel Yergin, le normalement très prudent président de
Cambridge Research Associates.
Traditionnellement baissier, il envisage une hausse du baril vers les
150 dollars cette année. |
Arjun Murti a
réévalué l’ensemble de ses prévisions sur le cours du baril de
WTI pour la période 2008-2011. Il table désormais sur des moyennes
annuelles de respectivement 108, 110, 120 et 120 dollars contre
précédemment 96, 105, 110 et 110 dollars, ayant intégré un cycle
haussier jusqu’à 2010. Toutefois, il n’exclut pas la
possibilité d’une hausse plus brutale, mais plus courte avec
des moyennes sur la même période de respectivement 125, 200, 150 et
75 dollars.
« Le manque de croissance suffisante de l’offre devient
apparent et entraîne un nécessaire rationnement de la demande dans
les pays de l’OCDE et en particulier aux Etats-Unis », met
en garde l’analyste. Un niveau élevé du prix du pétrole est
nécessaire pour recréer un matelas de capacités de production
disponibles et ainsi un reflux des cours de l’énergie. La
récente hausse des cours a coïncidé avec une modération de la demande
globale, mais les stocks ne sont pas remontés pour autant au-dessus
de leurs seuils historiques. L’augmentation continue des prix à long-terme confirme la nécessité de
rationner la demande pour entrainer une
détente du marché et un reflux des cours.
La spéculation participe au rééquilibrage du marché
Il y a une mésestimation fondamentale du rôle des spéculateurs dans
la hausse du prix du pétrole, souligne Arjun Murti qui ironise : « si le prix du
pétrole est excessif, ou est l’excès d’offre ? ». Les
investisseurs, en accélérant le mouvement de hausse, rendent plus
probables la réalisation de projets toujours plus voraces en
capitaux, ce qui devrait entraîner une augmentation de l’offre.
Les prix élevés signalent également aux consommateurs qu’ils
devraient modérer leur demande. « Les soi-disant spéculateurs
devaient être félicités pour accélérer le message, tant aux
compagnies pétrolières qu’aux consommateurs, comme quoi
les marchés de l’énergie sont tendus », insiste
l’analyste. Ils encouragent notamment les investissements dans
les énergies alternatives ou non-conventionnelles,
délaissées lors des années 1990 lorsque le pétrole était bon marché. Les moments de forte hausse des prix de l’énergie ont amélioré
l’intensité énergétique, rappelle Murti.
L’augmentation des prix des carburants devrait accroitre l’utilisation d’automobiles
moins gourmandes et le développement des transports en commun.
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Les
préoccupations environnementales seront également mieux prises en
compte que dans un monde où l’énergie est bon marché. Sans
oublier, note l’analyste de la grande banque américaine,
qu’il serait bon de diminuer la dépendance vis-à-vis de
certains gouvernements qui de fait encouragent le terrorisme.
Daniel Krajka
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