L’Europe a inauguré ce vendredi 5 septembre 2025 à Jülich, en Allemagne, son premier superordinateur exascale, nommé Jupiter. Ce projet, financé à hauteur de 500 millions d’euros par l’Union européenne et l’Allemagne, vise à combler le retard européen dans le domaine de l’intelligence artificielle et du calcul haute performance (HPC). Jupiter est conçu pour rivaliser avec les supercalculateurs américains et chinois, qui dominent actuellement le paysage mondial du HPC. Sa puissance de calcul colossale, équivalente à un milliard de milliards d’opérations par seconde, en fait le quatrième superordinateur le plus puissant au monde.
L’enjeu est stratégique : dans un contexte géopolitique marqué par une course aux armements technologiques, l’Europe cherche à affirmer sa souveraineté numérique et à réduire sa dépendance aux acteurs américains et chinois. Jupiter est un élément clé de cette stratégie, offrant une infrastructure de calcul puissante et compétitive, essentielle pour soutenir la recherche, l’innovation et la compétitivité industrielle.
Quelles sont les caractéristiques de Jupiter ?
Jupiter est le premier superordinateur européen à atteindre la puissance exascale, soit un milliard de milliards d’opérations en virgule flottante par seconde (FLOPS). Cette performance colossale est rendue possible par une architecture matérielle de pointe, intégrant 24 000 puces NVIDIA, spécialement optimisées pour le calcul parallèle et l’intelligence artificielle. Ces puces sont accompagnées d’une infrastructure de mémoire et d’interconnexions avancées, permettant de traiter des volumes massifs de données avec une grande efficacité.

Le superordinateur est composé de deux modules principaux : le module « Booster » dédié au calcul exaflopique, et le module « Cluster » pour des calculs plus classiques. Cette architecture modulaire, développée par ParTec et le Jülich Supercomputing Centre, confère à Jupiter une grande flexibilité et adaptabilité, essentielle pour répondre aux besoins variés des chercheurs et industriels européens. Le système occupe une surface de près de 3600 mètres carrés, soit environ la moitié d’un terrain de football, et est conçu pour des applications allant de la simulation scientifique à l’IA générative.
L’efficacité énergétique est un autre point fort de Jupiter. Grâce à un système de refroidissement à eau chaude directe, il consomme moins d’énergie que les systèmes traditionnels à refroidissement par air, tout en récupérant la chaleur générée pour d’autres usages. Cette innovation lui permet d’atteindre une efficacité énergétique record de plus de 60 milliards d’opérations par watt, ce qui en fait l’un des supercalculateurs les plus écoénergétiques au monde. Le prototype JEDI de Jupiter domine d’ailleurs le classement GREEN500, qui mesure l’efficacité énergétique des supercalculateurs.
Le coût total du projet est estimé à 500 millions d’euros, financés à parts égales par l’Union européenne via l’initiative EuroHPC Joint Undertaking (EuroHPC JU) et par l’Allemagne via le ministère fédéral de l’Éducation et de la Recherche (BMBF) et le ministère de la Culture et de la Science de l’État de Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Cette mobilisation financière illustre l’importance stratégique accordée à ce projet pour renforcer la souveraineté technologique européenne.
- Jupiter est le premier superordinateur exascale européen, capable d’effectuer un milliard de milliards d’opérations par seconde.
- Il est équipé de 24 000 puces NVIDIA, spécialement conçues pour l’intelligence artificielle et le calcul haute performance (HPC).
- Avec une puissance de calcul équivalente à 10 millions d’ordinateurs portables, Jupiter se classe quatrième mondial, derrière trois supercalculateurs américains.
- Son architecture modulaire et son système de refroidissement innovant lui confèrent une efficacité énergétique record, supérieure à 60 milliards d’opérations par watt.
- Financé à hauteur de 500 millions d’euros par l’Union européenne et l’Allemagne, Jupiter est un projet clé pour la souveraineté technologique européenne dans la course mondiale à l’IA et au HPC.

Où se situe Jupiter face aux géants américains et chinois ?
| Superordinateur | Pays | Puissance (FLOPS) | Consommation énergétique | Coût estimé | Applications principales |
|---|---|---|---|---|---|
| Frontier | États-Unis | 1194 pétaflops (~1,2 exaflop) | ~20 MW | ~600 M$ | Recherche scientifique, IA, simulations |
| Aurora | États-Unis | Exascale (prévu) | N/A | N/A | IA, simulations, recherche |
| El Capitan | États-Unis | Exascale (prévu) | N/A | N/A | IA, simulations, recherche |
| Jupiter | Europe (Allemagne) | 1 exaflop | ~10 MW (estimation) | 500 M€ | IA, simulations, recherche médicale |
| Sunway TaihuLight | Chine | 93 pétaflops | ~15 MW | N/A | Recherche scientifique, IA |
| Tianhe-2A | Chine | 33,86 pétaflops | N/A | N/A | Recherche scientifique, IA |
| LUMI | Europe (Finlande) | 152 pétaflops | N/A | N/A | Recherche scientifique, IA |
Jupiter se positionne au quatrième rang mondial en termes de puissance de calcul, derrière les supercalculateurs américains Frontier, Aurora et El Capitan, mais devant les machines chinoises Sunway TaihuLight et Tianhe-2A. Cette position est remarquable pour l’Europe, qui a longtemps été en retard dans la course à la puissance de calcul. Jupiter se distingue également par son efficacité énergétique, supérieure à celle de nombreux concurrents, ce qui est un enjeu crucial dans la gestion des coûts et de l’impact environnemental des infrastructures HPC.
Cependant, Jupiter reste dépendant de composants américains, notamment les puces NVIDIA, ce qui soulève des questions sur la souveraineté technologique réelle de l’Europe dans ce domaine. Néanmoins, le projet s’inscrit dans une dynamique européenne plus large visant à réduire cette dépendance et à développer des technologies locales, notamment via des initiatives comme le projet SiPearl pour les puces européennes.
Applications spécifiques de Jupiter : un outil polyvalent pour la recherche et l’industrie
Jupiter est conçu pour répondre à une large gamme d’applications scientifiques et industrielles, avec un focus particulier sur l’intelligence artificielle et le calcul haute performance. Ses capacités permettent d’entraîner des modèles d’IA complexes, notamment dans le domaine de l’IA générative, de la vision par ordinateur, et de la reconnaissance d’objets dans des images. Il est également utilisé pour automatiser des processus robotiques (RPA) et pour la gestion des incidents et l’optimisation des performances dans l’administration réseau.
Dans le domaine de l’informatique, Jupiter permet de transformer des textes explicatifs en vidéos tutoriels avec animations et voix-off, ce qui ouvre des perspectives pour la formation et l’éducation. Il est aussi utilisé pour développer des solutions d’IA et d’informatique hautes performances sur les processeurs graphiques, essentiels pour la recherche scientifique et la simulation de phénomènes naturels.
Comparé aux superordinateurs américains et chinois, Jupiter se distingue par sa polyvalence et sa capacité à soutenir une large communauté de chercheurs et d’industriels européens. Les superordinateurs américains sont souvent orientés vers des applications militaires et économiques, tandis que les chinois investissent massivement dans la reconnaissance faciale, la vision par ordinateur et les modèles linguistiques open-source. Jupiter, quant à lui, vise à soutenir un écosystème européen diversifié, avec un équilibre entre recherche fondamentale, innovation industrielle et souveraineté technologique.
Impact stratégique : Jupiter, un levier pour la souveraineté technologique européenne
L’inauguration de Jupiter s’inscrit dans une stratégie européenne ambitieuse visant à réduire la dépendance aux acteurs américains et chinois dans le domaine du calcul haute performance et de l’IA. L’Union européenne a mis en place plusieurs initiatives pour soutenir cette stratégie, notamment le plan d’action « GenAI4EU » qui vise à stimuler l’adoption de l’IA générative dans des secteurs industriels clés, et la création de cinq « AI gigafactories » dotées de plus de 100 000 processeurs chacune.
Ces initiatives sont accompagnées d’une régulation stricte, avec l’Acte de l’UE sur l’Intelligence Artificielle, première législation globale au monde sur l’IA, visant à garantir une IA digne de confiance et protectrice des droits fondamentaux. L’Office européen de l’intelligence artificielle a été créé pour soutenir la gouvernance et la coopération internationale en matière d’IA.
Jupiter est donc un élément clé de cette stratégie, permettant à l’Europe de disposer d’une infrastructure de calcul puissante et compétitive, essentielle pour soutenir la recherche, l’innovation et la compétitivité industrielle. Il contribue à réduire la dépendance aux cloud américains (AWS, Google) et chinois (Alibaba), et offre aux chercheurs et startups européens un accès aux ressources nécessaires pour développer des modèles d’IA avancés.
Cependant, des défis subsistent, notamment la fragmentation des efforts entre les États membres, la dépendance à des composants non-européens, et la guerre des talents pour attirer les meilleurs ingénieurs face aux salaires élevés du secteur privé. La maintenance et la mise à jour rapide des infrastructures HPC restent également des enjeux majeurs.
Jupiter, un game-changer européen dans la course mondiale à l’IA et au HPC
L’inauguration de Jupiter marque une étape historique pour l’Europe dans sa quête de souveraineté technologique et de compétitivité dans le domaine du calcul haute performance et de l’intelligence artificielle. Avec une puissance de calcul exascale, une architecture innovante et une efficacité énergétique record, Jupiter se positionne comme un acteur majeur sur la scène mondiale, capable de rivaliser avec les supercalculateurs américains et chinois.
Ce projet illustre la volonté européenne de réduire son retard et de se positionner comme un leader dans la course mondiale à l’IA, en s’appuyant sur des infrastructures de calcul puissantes, des collaborations internationales et une régulation adaptée. Jupiter est non seulement un outil technologique de pointe, mais aussi un levier stratégique pour renforcer la souveraineté numérique européenne et soutenir l’innovation dans des secteurs clés tels que la santé, le climat, la défense et l’industrie.
La route est encore longue, mais avec Jupiter, l’Europe franchit une étape décisive qui lui permettra de jouer un rôle central dans la révolution numérique et technologique du XXIe siècle.








Enfin une bonne nouvelle pour l’Europe ! C’est crucial d’avoir notre propre infrastructure de calcul haute performance. Par contre, je suis surpris de voir qu’on utilise des puces NVIDIA… Est-ce qu’on n’aurait pas pu développer nos propres processeurs européens pour être vraiment souverains ?
Excellente question ! Le problème c’est que développer des puces aussi performantes prend des années et coûte des milliards. NVIDIA a une avance considérable dans le domaine du GPU computing. Mais tu as raison, à terme il faudrait qu’on ait nos propres solutions. D’ailleurs, il y a le projet européen EPI (European Processor Initiative) qui travaille là-dessus.
500 millions d’euros, c’est énorme ! J’espère que ce superordinateur sera vraiment accessible aux chercheurs européens et pas seulement réservé à quelques projets privilégiés. Quelqu’un sait comment on peut soumettre des projets pour utiliser Jupiter ? Je travaille sur la modélisation climatique et ça pourrait vraiment nous aider.
D’après ce que j’ai lu, l’accès se fait via PRACE (Partnership for Advanced Computing in Europe). Il faut soumettre un dossier scientifique qui est évalué par des pairs. Pour la modélisation climatique, tu as de bonnes chances, c’est un des domaines prioritaires avec la santé et l’énergie !
Quatrième mondial seulement… On est encore loin derrière les États-Unis et la Chine. Et avec 24 000 puces NVIDIA, on reste dépendants technologiquement. Sans compter la consommation électrique qui doit être monstrueuse. Quelqu’un a des infos sur l’empreinte carbone de cette machine ?
Article très intéressant ! Pour info, Jupiter consomme environ 15 MW, ce qui est plutôt efficace pour un exascale. Le centre de Jülich utilise beaucoup d’énergies renouvelables et ils ont un système de refroidissement innovant qui récupère la chaleur pour chauffer les bâtiments alentour. C’est un bon exemple d’économie circulaire !